Un autre rapport sur la qualité de l’air qui esquive la question

Véronique Lalande et Louis Duchesne, d'Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec, ont rédigé le texte suivant en réaction au rapport du Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques dans le secteur Limoilou-Basse-Ville.

Un autre rapport sur la qualité de l’air qui esquive la question | 6 février 2023 | Article par Monquartier

Louis Duchesne au micro, lors de la présentation publique du rapport du Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques.

Crédit photo: Suzie Genest

Véronique Lalande et Louis Duchesne, d’Initiative citoyenne de vigilance du Port de Québec, ont rédigé le texte suivant en réaction au rapport du Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques dans le secteur Limoilou-Basse-Ville.

Le Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques ayant récemment déposé son rapport était « chargé de brosser un portrait de la problématique de la contamination de l’air dans le secteur Limoilou-Basse-Ville ». Le rapport mentionne que la création du comité « a fait suite aux demandes du maire de Québec qui avait exprimé le souhait d’obtenir de l’information précise sur l’ensemble des contaminants et identifier les responsables d’émissions de polluants dans ce secteur de la ville ». Qu’apprend-on du rapport Charland-Thellen? Bien peu de choses, et l’on reste très loin de ce qui avait été promis.

Le rapport présente surtout des généralités sur les principales sources d’émission de polluants à l’échelle de la province. Rien de nouveau pour le secteur de la Basse-Ville de Québec où, on le sait depuis longtemps, l’air est beaucoup plus contaminé qu’ailleurs dans la ville, dans la province et même au pays. Les principales sources potentielles de contaminants sont identifiées dans le rapport, mais aucune analyse n’est faite pour déterminer dans quelles mesures ces sources contribuent à la piètre qualité de l’air mesurée dans la Basse-Ville. Les auteurs du rapport présentent une estimation des émissions de polluants dans la ville de Québec, par secteur d’activité (Tableau 2.6 du rapport), et en tirent selon nous des conclusions improbables sur l’origine des concentrations élevées de contaminants mesurées dans la Basse-Ville.

Par exemple, à partir de statistiques provinciales sur le chauffage au bois, les auteurs font une règle de trois utilisant la population de la ville de Québec et concluent que le chauffage au bois est la principale source de particules fines dans la Basse-Ville. Selon les chiffres rapportés, le chauffage au bois résidentiel émet 38 260 tonnes de particules fines (PM2,5) par an au Québec et la ville de Québec serait responsable de 3797,6 tonnes (9,9 %). Cette estimation suppose que la population de Québec représente une proportion de 9,9 % de la population provinciale estimée à 8 225 950 habitants en 2016, soit 816 489 habitants. Or, cette population est celle de la région métropolitaine de recensement de Québec, ce qui inclut Lévis. Selon le recensement de 2016, Québec compte 534 779 habitants. En considérant la population réelle de Québec, l’estimation des émissions de particules fines par le chauffage résidentiel au bois baisse de 35 %.

Si seule la population du secteur à l’étude est considérée (Figure 1.3 du rapport, Vieux-Québec Cap-Blanc Colline parlementaire, Maizerets, Vieux-Limoilou, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Lairet et Vanier : 84 770 résidents en 2016), l’estimation des émissions par le chauffage au bois serait de 394 tonnes par an, soit 10 fois moins que les émissions rapportées dans le rapport. Pour le quartier Vieux-Limoilou, là où les concentrations anormalement élevées de polluants sont mesurées, les émissions estimées seraient 57 fois plus basses (67,1 tonnes par an pour 14 425 résidents). Ces émissions sont inférieures aux émissions annuelles de particules fines estimées pour le transport maritime (185,8 tonnes), ferroviaire (66,2 tonnes) et les véhicules lourds (184,7 tonnes) dans le secteur.

Néanmoins, ces statistiques provinciales ne sont pas pertinentes pour documenter la situation particulière de la pollution de l’air en Basse-Ville. Seule une analyse des données locales permettrait de distinguer les contributions du transport automobile, du chauffage résidentiel et industriel au mazout, du chauffage au bois, de la papetière, de l’incinérateur ou des émissions de polluants par les vraquiers, les locomotives, la machinerie et les camions qui opèrent presque en continu au port de Québec. Malheureusement, le rapport ne présente aucune analyse permettant de relier quantitativement ces activités à la piètre qualité de l’air mesurée en Basse-Ville.

Il existe pourtant des approches méthodologiques permettant de le faire, comme dans le cas du nickel où le ministère de l’Environnement du Québec a pu démontrer, en 2013, que les concentrations anormalement élevées mesurées dans le Vieux-Limoilou étaient générées par les activités de manutention et d’entreposage de minerai dans le secteur Beauport du port de Québec.

Par ailleurs, la contribution relative du chauffage au bois à la pollution de l’air dans un secteur urbain occupé majoritairement par des multiplex, dont plusieurs systèmes de chauffage au mazout ont été convertis à l’électricité au cours des dernières décennies, n’est probablement pas aussi importante que le rapport l’estime. Il suffit de monter au sommet du « Complexe G » par un froid après-midi d’hiver pour constater l’absence de cheminées fumantes dans le secteur à l’étude. Si le chauffage au bois est si problématique en Basse-Ville, qu’est-ce que ce doit être dans les banlieues de Québec! Et que dire du fait qu’une autre règle de trois pourrait s’appliquer pour ce contributeur : durant au moins six mois par année, le chauffage au bois est inexistant.

Pour les particules totales et les poussières, les activités de construction comptent pour 70,8 % des émissions estimées à l’échelle de la province, comparativement à 6,3 % pour l’industrie des minéraux. Or, ces statistiques provinciales ne sont certainement pas représentatives de la Basse-Ville et du Vieux-Limoilou, un territoire presque entièrement bâti et occupé depuis fort longtemps, mais situé à proximité d’activités industrielles de manutention et d’entreposage de minerais.

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Pour les oxydes d’azote, un groupe de polluants reconnus pour leurs toxicités, 60,8 % des émissions à l’échelle de la province proviennent du transport lourd, du transport maritime et de l’industrie minière. Considérant la proximité des opérations portuaires avec le secteur à l’étude, la contribution relative de ces activités y est certainement très supérieure, ce qui ferait du port de Québec le principal contributeur d’oxydes d’azote. De plus, les minerais et les industries minières représentent la majeure partie des émissions de dioxydes de souffre au Québec, bien au-delà des émissions provenant du chauffage des bâtiments et de la production d’énergie, de la combustion de bois et de tous les moyens de transport réunis. Comme pour les autres polluants, il est plus que probable que la contribution relative de ce secteur soit plus importante à Québec que dans l’ensemble de la province.

Il est aberrant que 11 ans après l’épisode de la poussière rouge provenant du port, on pointe encore du doigt les citoyens comme la source du problème. À l’échelle de la province, les véhicules légers à essence génèrent 1,7 % des émissions de particules fines, 9,8 % des émissions d’oxyde d’azote, et une quantité négligeable de nickel, de particules en suspension totales et de poussières. Même en transposant erronément ces statistiques provinciales à toute la ville de Québec, le transport automobile contribuerait à une faible proportion des contaminants prioritaires retenus par les auteurs du rapport afin d’établir des priorités dans les mesures d’atténuation dans la Basse-Ville.

Comme nous l’avons souligné lors de la création du Groupe de travail, seule une analyse exhaustive des données disponibles, incluant celles des stations de mesures situées au périmètre du secteur portuaire, permettrait de clarifier la situation.

Après le Comité de vigilance des activités portuaires, le Comité intersectoriel sur la contamination environnementale dans l’arrondissement de La Cité-Limoilou, le projet Mon environnement, ma santé, le Groupe de travail sur les contaminants atmosphériques aura lui aussi esquivé la réelle question : quelle est l’origine des concentrations anormalement élevées de polluants mesurées dans l’air de la Basse-Ville de Québec? Malgré tout, fortes de ce rapport, les autorités ont le culot de culpabiliser les citoyens en leur répétant de ne pas utiliser leur poêle à bois et d’utiliser les transports en commun, le tout, à leurs frais. Vraiment décevant.

Sources :

Ville de Québec – Québec met sur pied un groupe de travail indépendant afin d’améliorer la qualité de l’air dans Limoilou Gouvernement du Québec (quebec.ca)

https://www.environnement.gouv.qc.ca/air/ambiant/rapport-gtca/rapport-qualite-air-Limoilou.pdf

Série « Perspective géographique », Recensement de 2016 – Région métropolitaine de recensement de Québec (statcan.gc.ca)

Estimations de la population des municipalités de 25 000 habitants et plus, Québec, 1ᵉʳ juillet 2001 à 2022 (quebec.ca)

Portrait – Quartiers (quebec.qc.ca)

Nickel à Québec: a-t-on besoin d’une nouvelle station de surveillance de la qualité de l’air et d’un énième comité? | Points de vue | Opinions | Le Soleil – Québec

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