Valorisation de la vapeur de l’incinérateur : projet approuvé sans évaluation des impacts sur la santé

Slavko Sebez, impliqué comme représentant de la Santé publique de la Capitale-Nationale dès le début du dossier lié à la présence de poussières de nickel dans l’air ambiant à Limoilou, signe le texte qui suit.

Le 25 janvier dernier, le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) portant sur l’« État des lieux et la gestion des résidus ultimes » a publié son rapport. Le rapport publié est le fruit de près d'un an de consultation, d'enquête et d'analyse.

Après avoir examiné les recommandations émises par ce rapport, nous souhaitons porter à votre attention le point suivant :

« Considérant les effets potentiels de plusieurs contaminants émis dans l’atmosphère par les incinérateurs de matières résiduelles sur la santé publique, la commission d’enquête est d’avis qu’il est essentiel que le MSSS vérifie la présence ou l’absence de liens de causalité entre l’exposition des populations limitrophes et des problèmes de santé en procédant à des évaluations récurrentes jusqu’à l’obtention d’une preuve qui aura été jugée scientifiquement suffisante [1] ».

Donc, cela veut dire que le projet de près de 44 millions $ qui permettra de valoriser la vapeur de l’incinérateur pour combler une partie des besoins en énergie du Nouveau complexe hospitalier (NCH) a été approuvé par les autorités concernées, incluant la Santé publique et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), sans réaliser une évaluation des impacts à la santé des populations limitrophes [2].

Néanmoins, la direction de santé publique de la Capitale-Nationale avait demandé à la Ville de respecter les normes d’émissions environnementales pour que le projet puisse aller de l’avant.

Cependant, le récent rapport du BAPE affirme que :

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« Pour les incinérateurs, l'exigence du RAA de ne procéder minimalement qu’à un seul échantillonnage à la source par année des contaminants atmosphériques rejetés s’ils sont d’une capacité égale ou supérieure à 1 t/h est nettement insuffisante pour assurer le respect des normes. La commission d’enquête estime que le règlement devrait être révisé à cet effet pour permettre une appréciation fiable et représentative des fluctuations des émissions. De plus, le MELCC devrait examiner la pertinence de revoir les normes d’émission pour certains contaminants atmosphériques émis par un incinérateur, notamment les matières particulaires, le monoxyde de carbone et le chlorure d’hydrogène, afin de les harmoniser avec celles d’autres juridictions où elles sont plus sévères ».

Notons qu’au moment où le débat sur la norme de nickel fait rage dans les quartiers centraux, la Ville de Québec révèle que l’incinérateur a rejeté dans l’air des quantités anormales de substances chimiques toxiques [3]. En effet, « lors d’une récente campagne d’échantillonnage de trois jours, la Ville a noté une "anomalie", soit un dépassement moyen de quatre fois la norme environnementale pour les dioxines et les furannes pour l’un des fours de l’incinérateur ».

D’autre part, « le plus récent échantillonnage a révélé des valeurs supérieures de 10 % à la teneur pour l’oxyde d’azote dans le four 1. On note aussi une valeur du chlorobenzène de près de deux fois la teneur prévue au four 4 ».

Donc, même que les normes québécoises ne sont pas harmoniser avec celles d’autres juridictions où elles sont plus sévères, l’incinérateur n’arrive pas de les respecter.

Effectivement, depuis qu’elle a repris la gestion de son incinérateur en 2015, la Ville de Québec a été sanctionnée trois fois par l’État québécois pour non-respect des normes environnementales de rejets toxiques dans l’air [4].

Le 4 février dernier, le maire Bruno Marchand a annoncé qu’il s’opposera à la révision de la norme de nickel dans l’air proposée par le gouvernement provincial [5]. Le maire de Québec a expliqué sa décision en rappelant le contexte particulier de Québec, où l’air est déjà saturé par la présence de plusieurs polluants.

À l’instar de cette affirmation, nous espérons sincèrement que le même principe sera appliqué pour toutes les sources de pollution au Centre-ville de Québec, incluant l’incinérateur, compte tenu que le nickel représente moins de 0,2 % des particules totales en suspension échantillonnées dans l’air ambiant à Limoilou [6].

Slavko Sebez, M. Sc. Santé Communautaire

[1] Rapport BAPE - L'état des lieux et la gestion des résidus ultimes, SOMMAIRE DU RAPPORT : Les impacts de l’élimination des matières résiduelles, janvier 2022 (pp. ix)

[2] Le Soleil, Le projet de valorisation de la vapeur de l’incinérateur va de l’avant, 5 juillet 2021

[3] Le Journal de Québec, Anomalie à l’incinérateur : rejet de substances chimiques dans l’air, 27 janvier 2022

[4] Le Soleil, Rejets toxiques de l’incinérateur: la Ville mise à l’amende trois fois par Québec, 26 février 2020

[5] Le Carrefour, Nickel : Bruno Marchand s’oppose enfin à la hausse de la norme, 4 février 2022

[6] Avis de santé publique, CONTAMINATION ATMOSPHÉRIQUE DANS L’ARRONDISSEMENT LA CITÉ-LIMOILOU : LA QUESTION DU NICKEL, avril 2013 (page 14)

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