Flore et faune locales : la saison des légumineuses | 13 août 2022 | Article par Jean Cazes

Fleurs du lotier corniculé dans la friche industrielle du secteur Maizerets. 26 juillet 2022.

Crédit photo: Jean Cazes

Flore et faune locales : la saison des légumineuses

Consacrée à notre nature en ville, cette série vise à redorer l'image des « mauvaises herbes » qui embellissent ou envahissent les terrains vagues et les abords de nos rues et ruelles. En vedette aujourd'hui, nous vous présentons cinq représentantes des Fabaceae, une famille de plantes mieux connue sous l'ancien nom de légumineuses.

Une des familles les plus représentatives en espèces

Wikipédia fourmille d'informations à jour sur les Fabaceas. Son article mentionne que les légumineuses constituent, après les Orchidaceae et les Asteraceae, la troisième plus importante famille de plantes à fleurs de la planète, en regroupant quelque 19 500 espèces.

Plus près de nous, l'incontournable et toujours indémodable Flore laurentienne décrit cette famille, dont un grand nombre d'espèces ont été introduites en Amérique du Nord. Dans la version en ligne de l'ouvrage du Frère Marie-Victorin, on explique que les légumineuses sont des plantes herbacées ou ligneuses aux « fleurs sont généralement irrégulières et d'un type particulier dit papilionacé », composées de cinq sépales et cinq pétales. Chez ces dernières, « le supérieur est l'étendard; les deux latéraux sont les ailes; les deux inférieurs sont généralement soudés et forment la carène ». Leur fruit est généralement une gousse, « d'où le nom de légumineuses ».

« Les légumineuses contribuent pour une large part à la nourriture de l'homme et des animaux : par leurs graines (pois, haricot, vesce, soja, etc.); par les fourrages qu'elles fournissent (trèfle, luzerne, etc.) ; par leurs bois et divers produits secondaires (matières colorantes, gommes, baumes, etc.). »

Outre leur utilité au plan économique, « les légumineuses sont des plantes dites améliorantes, parce qu'elles fixent l'azote atmosphérique pour en enrichir le sol » grâce à leur association avec des bactéries au niveau des racines.

Les cinq exemples d'espèces qui suivent illustrent bien la grande diversité de cette famille végétale qui abonde en ville au milieu de l'été. Outre La flore laurentienne, leur description sommaire et des informations additionnelles sont principalement puisées du répertoire de Québec horticole et de Plantes sauvages des villes et des champs (FIDES, 1978, 1re édition), l'un des guides d'identification du groupe Fleurbec et de sa fondatrice, feu Gisèle Lamoureux.

Publicité

La vesce jargeau (Vicia craca)

Les fleurs bleues en épis de la vesce jargeau. Parc du moulin (arrondissement Charlesbourg), 24 juin 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

La vesce jargeau est une espèce vivace introduite qui s'épanouit au soleil ou à la mi-ombre. Ses longues tiges munies de vrilles s'agrippent sur les plantes voisines jusqu'à une hauteur de 1,50 m. La vesce jargeau préfère des sols frais et bien drainés. Elle est commune un peu partout dans les champs et bords de routes. Sa floraison s'étire de juin à août.

Gousses de la vesce jargeau.
Crédit photo: Herbier du Québec

La plante est considérée comme une mauvaise herbe envahissante, particulièrement difficile à éradiquer dans les cultures. Par contre, Fleurbec réhabilite sa réputation en soulignant que la vesce jargeau peut produire un fourrage riche en protéine, « et sa présence ne déprécie nullement la qualité du foin ». De plus, « les fleurs produisent beaucoup de nectar que les abeilles transforment en miel ».

Le mélilot blanc (Melilotus albus)

Le mélilot blanc abonde dans les friches industrielles du secteur Maizerets. 26 juillet 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

Le mélilot blanc est une annuelle introduite dont les longs épis de fleurs blanches qui le caractérisent atteignent la hauteur de 1,50 m. Cette plante est répandue un peu partout dans les champs et bords de routes. Elle fleurit de juin à octobre.

Certes, Fleurbec souligne le caractère envahissant de la plante qui semble éviter les sols acides. En revange, le groupe prête plusieurs utilités au mélilot blanc comme à sa cousine, le mélilot jaune. Ainsi, dans son usage domestique traditionnel, « un bouquet de mélilot parfume bien la maison et les fleurs séchées gardent leur odeur longtemps ». Par ailleurs, « on l'utilise dans l'entreposage des vêtements et des fourrures pour les préserver des mites ». La plante est d'autre part réputée pour rehausser le goût et l'odeur de produits tel le fromage de gruyère. En Europe, « on reconnaît sa valeur comme fourrage ». Enfin, le mélilot est tout aussi réputé comme fertilisant, en plus d'être un précieux allié pour la production de miel.

Le trèfle blanc (Trifolium repens)

Un trèfle blanc sur un terre-plein gazonné du Vieux-Limoilou. 26 juillet 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

Comme le décrit Fleurbec, au Québec, le trèfle blanc serait le plus abondant de la vingtaine d'espèces du genre Trifolium. Cette vivace dont la floraison s'étire de juin à septembre a été introduite en Amérique du Nord comme plante fourragère.

« Pour le miel et la cire qu'il fournit, le trèfle blanc est recherché par les éleveurs d'abeilles domestiques. Ce trèfle peut devenir assez envahissant par sa façon de ramper et d'occuper les espaces libres. Que ce soit voulu ou non, il peut former une pelouse dense, d'assez belle apparence et d'entretien facile. »

Justement, cette plante fait de plus en plus l'actualité comme alternative ou ajout à la traditionnelle pelouse de graminées. Larry Hodgson a consacré d'ailleurs un article fort bien documenté sur « l’histoire rocambolesque du trèfle blanc qui est passé d’un grand ami du gazon à une mauvaise herbe à abattre à, de nouveau, un grand ami du gazon » :

« Entre autres, nous savons que, comme le trèfle est une légumineuse, il vit en symbiose avec des bactéries qui fixent l’azote atmosphérique et le rendent disponible au trèfle, mais aussi aux plantes voisines. Et stimule alors la croissance des graminées, même en l’absence d’engrais. Quant à la moindre présence de mauvaises herbes, cette abondance d’azote donne un gazon plus dense, ce qui laisse moins de place aux indésirables », avance le Jardinier paresseux.

Pour l'anecdote, le légendaire « trèfle à quatre feuilles » réfère immanquablement à la culture irlandaise. Wikipédia aborde cette caractéristique conférée par « une mutation, relativement rare, du trèfle blanc. Il est considéré, dans la civilisation occidentale, comme un porte-bonheur ». « On peut trouver exceptionnellement des trèfles à cinq ou six feuilles, voire plus. Le record est de 56 feuilles et a été cultivé au Japon. »

La coronille bigarrée (Securigera varia)

.La coronille bigarrée. Bordure du chemin de la Canardière, secteur Maizerets. 23 juillet 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

La coronille bigarrée est une vivace introduite de plein soleil dont les fleurs roses ou blanches, dites en ombelles, s'épanouissent jusqu'à une hauteur de 0,60 m de juin à août. Cette plante qui croît sur des sols bien drainés est commune un peu partout dans les champs et bords de routes. De nature envahissante, « ne pas planter car elle menace l'équilibre des habitats naturels ».

« La coronille bigarrée était utilisée en médecine traditionnelle pour ses propriétés cardiotoniques et diurétiques et pour soigner les maladies de la prostate », souligne Wikipédia. Sa publication mentionne par ailleurs qu'aux États-Unis, « elle est utilisée à diverses fins : plante ornementale, plante de couverture, engrais vert, amélioration des sols et lutte contre l'érosion, plante fourragère ».

Le lotier corniculé (Lotus corniculatus)

Colonie de lotiers corniculés dans la friche industrielle du secteur Maizerets. 26 juillet 2022.
Crédit photo: Jean Cazes

Le lotier corniculé est une petite plante vivace de plein soleil, d'une hauteur jusqu'à 0,20 m, qu'on reconnaît aisément à sa jolie floraison jaune vif. Tout l'été, elle s'épanouit principalement sur un sol léger, bien drainé ou sec.

Autrefois en Europe, on utilisait le lotier corniculé comme calmant ou comme somnifère. Toujours dans Plantes sauvages des villes et des champs, Fleurbec raconte que cette plante n'aurait été introduite que depuis peu en Amérique du Nord, soit dans les années 1950.

« On commence à cultiver le lotier corniculé ici : c'est un fourrage de grande valeur. Il persiste plus d'années que le trèfle rouge, il est moins exigeant que la luzerne, et ne cause jamais de ballonnement chez le bétail. »

Pour tous et celles qui s'intéressent à ce domaine des sciences naturelles, le groupe Facebook La flore du Québec demeure un incontournable pour échanger et en apprendre davantage sur le sujet.

Lire l’article précédent de la série :

Flore et faune locales : la vergerette de Philadelphie