La vie réelle d’une pigiste | 2 mai 2020 | Article par Véronique Demers

Crédit photo: Suzie Genest

La vie réelle d’une pigiste

En temps normal, nous serions en pleine Semaine de la presse et des médias : un événement qui, pour sa seconde année, du 27 avril au 3 mai, devait être « l’occasion pour le public de comprendre le travail des journalistes, tout en découvrant quel est le rôle des médias dans la société ». Monquartier avait prévu des textes en marge de cet événement, qui a été annulé, les mesures sanitaires en vigueur empêchant la tenue des activités prévues. Qu’à cela ne tienne, voici un texte par Véronique Demers, journaliste pigiste.

Après avoir décroché mon diplôme en journalisme à l’Université de Montréal et avoir travaillé pendant huit ans pour une entreprise médiatique, où j’ai approfondi ma polyvalence et mes habiletés professionnelles, le temps était venu pour moi d’explorer d’autres avenues. Fatiguée et stressée, j’avais besoin d’exercer mon métier avec plus de lenteur. Paradoxal, n’est-ce pas, sachant qu’il faut livrer de plus en plus vite les nouvelles?

Néanmoins, j’ai démissionné de mon emploi permanent en 2015. S’en est suivie une période de transition (2015-2017) où j’ai exploré peu à peu le monde de la pige, tout en ayant des contrats ici et là comme employée. Puis, à l’automne 2017, devant ma situation qui me poussait inéluctablement vers une croisée des chemins, à devoir choisir entre le marché traditionnel du travail ou de la pige, j’ai choisi cette dernière.

J’ai donc fait le grand saut en novembre 2017! Je n’avais pas de plan d’affaires, ni d’objectif précis, hormis de vivre de ma plume. Ce n’est pas si évident. Je conseille vraiment d’avoir un emploi à temps partiel pour commencer, pour assurer une transition la plus douce au moment où l’on est en train de bâtir sa clientèle.

Une niche à développer

Dès la première semaine où j’ai envoyé des offres de services, j’ai obtenu des réponses favorables. Joie! Mon passé de journaliste (employée) a été évidemment profitable, car j’étais un peu connue. Pour le reste, ça se concrétise sur le terrain avec notre fiabilité à livrer la marchandise. Outre les médias traditionnels, j’ai décidé de me spécialiser dans la presse religieuse. Je crois qu’il est impératif de se tailler une niche dans laquelle on peut se démarquer. Bien sûr, la religion et témoignages de foi sont loin d’avoir la cote de nos jours. Mais néanmoins, c’est par la foi que j’avance dans ce chemin étroit.

Est-ce que la pige est viable? Je dois vous avouer que j’ai deux autres jobs d’appoint n’ayant aucun lien avec le journalisme. Mais c’est peut-être un choix conscient. J’alterne ainsi entre le travail intellectuel, la vulgarisation de concepts et le travail manuel et événementiel. J’apprécie cette diversité. J’ai choisi la pige pour collaborer avec les clients avec qui j’ai envie de travailler. Quant aux champs d’intérêt, il y a tellement de possibilités, il s’agit de choisir! Pour l’instant, j’affectionne les nouvelles locales, l’agriculture et les nouvelles religieuses.

Je crois qu’il est possible de vivre de sa passion. Il s’agit de prendre soin de ses clients, d’être fiable, consciencieux dans son travail et se faire voir aussi sur les médias sociaux. Cela étant dit, mes revenus sont en dents de scie, et mon horaire est tout aussi fluctuant. Je peux travailler en semaine le jour, mais aussi de soir. J’essaie par contre de me faire un devoir de prendre du temps de repos le weekend. Il faut être prêt à prendre des risques et à assumer le fait que tout n’est pas coulé dans le béton.

La flexibilité a bien meilleur goût

Dans le métier de journaliste, nous dépendons souvent de nos interlocuteurs pour appuyer les faits que nous évoquons dans nos articles, à moins que nous nous servions uniquement de rapports, statistiques ou autres documents. Mais une histoire vivante aura nécessairement besoin de citations d’experts ou de personnes liées au sujet.

Il faut parfois s’adapter à des changements d’horaire et évaluer de quelle manière on peut récupérer le temps, tout en sortant la nouvelle. Par exemple, l’horaire de la conférence de presse sur la cure de rajeunissement de l’Impérial Bell a été chamboulé. Annoncée en matinée, la conférence de presse a été retardée, puis finalement reportée en fin d’après-midi, en raison d’un horaire modifié pour le ministre du Patrimoine, Steven Guilbault. Que faire alors lorsqu’on est payée à la pièce et qu’on a plusieurs mandats à remplir? On peut toujours se servir du communiqué de presse, mais aussi faut-il s’en détacher le plus possible, afin d’effectuer minimalement un travail journalistique et rendre pertinent notre article. Il y a toujours moyen aussi de s’entendre avec le rédacteur en chef pour savoir ce qu’il propose dans ce cas de figure.

Vous n’êtes pas seuls

Lorsqu’on est pigiste, on peut développer nos projets, se créer de l’emploi. C’est très stimulant! Si vous débordez d’idées, que vous avez de la créativité, êtes toujours à l’affût de sujets et pouvez assumer le risque d’un travail instable, la pige peut être pour vous. Certaines gens ont besoin d’un cadre plus important dans leur travail, alors que d’autres arriveront à faire valoir leur plein potentiel sous les contraintes.

Le métier de pigiste peut nous amener à vivre un certain isolement, puisque nous n’avons pas de collègues à proprement parler. Travailler chez soi c’est bien, mais ça peut devenir plate et manquer d’interactions sociales. C’est pourquoi les lieux de coworking (cotravail) sont tout indiqués. Plusieurs forfaits existent, dont des forfaits à temps partiel. Il y a aussi des pages Facebook de pigistes, où l’on peut obtenir d’excellents conseils de nos pairs.

En terminant, la vie de journaliste pigiste n’est vraiment plus ce qu’elle était il y a 10,15, 20 ans. Le concept de journaliste pur, photographe pur s’est effrité. À part les grands médias, il faut savoir être le plus polyvalent possible. Je suis donc une journaliste qui prend des photos, met ses textes en lignes et les partage sur les réseaux sociaux. On est rendus pas mal tous dans le même bateau!

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