La stérilisation obligatoire des animaux : une aberration? | 22 octobre 2020 | Article par Monquartier

Crédit photo: Jean Cazes

La stérilisation obligatoire des animaux : une aberration?

Même s’il encourage la stérilisation, Stanley-Williams Rousseau Lessard, gestionnaire d’un groupe de discussion sur les animaux domestiques, craint les conséquences d’un règlement pour la rendre obligatoire. Il souhaite, par le texte suivant soumis à Monquartier, ouvrir « une discussion polie sur le sujet ».

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En 2022, la Ville de Québec obligera les propriétaires d’animaux [ndlr : de chats et de lapins] à faire stériliser leurs compagnons. Je comprends mal cette décision, d’autant plus qu’il n’y a pas de problème patent de surpopulation animale en ville. La stérilisation volontaire fonctionne bien. La vaste majorité des propriétaires y ont recours. Je crois que les élus font fausse route.

On ne peut pas nier que les refuges pour animaux accueillent des centaines d’animaux égarés  chaque année et que cela a un coût. Mais y a-t-il réellement une démographie galopante appréhendée et la surpopulation dans les refuges? D’autres facteurs sont peut-être en cause.

Combien de chats et de chiens partent en cavale et se font tout simplement attraper par les préposés avant de pouvoir retourner chez eux tout seuls? Il ne s’agit pas là d’un problème de surpopulation mais uniquement de propriétaires qui ont échappé leurs animaux ou sont peu soucieux de la attacher. C’est une question d’éducation. La stérilisation obligatoire n’y changera rien, quoi qu’elle ne soit pas une mauvaise chose en soit. À chacun de choisir pour son animal.

Pour moi, la liberté de faire stériliser son animal ou non relève de la philosophie. Si 85 % de la population adhère à ce principe – et c’est actuellement le cas – il n’y aura jamais de surpopulation animale en ville. Mais pour moi, les animaux naissent avec des organes reproducteurs et il est tout à fait naturel qu’ils les gardent. D’autant plus que les permis de reproduction devront être attribués à des fermes d’élevage pour fournir à la demande d’animaux domestiques. Ces entreprises ne se soucieront guère du bien-être des animaux. Tous ce qu’elles chercheront, c’est la rentabilité.

Avec le nouveau règlement, il me sera interdit de revendre les chatons de ma chatte, puisqu’il sera interdit qu’un animal se reproduise en-dehors des usines accréditées. Pourtant, quoi de plus naturel pour une chatte ou une chienne que d’élever ses petits dans la chaleur d’une demeure familiale? Et quoi de plus normal de se procurer un nouvel animal lorsqu’on sait qu’il a été sevré par sa propre mère, entourée de la quiétude de ses maîtres bienveillants?

Par ailleurs, il n’est pas donné à tous et toutes d’avoir les moyens de faire stériliser son animal. Les soins vétérinaires sont très élevés. Alors si la Ville veut aller de l’avant avec son règlement, il faudra qu’elle s’attende à un taux de récalcitrants élevé. Ce sera encore une mesure qui défavorisera les plus démunis, qui n’ont souvent qu’un chien ou un chat comme compagnon de vie. Comment la Ville pourra-t-elle imposer de tels frais à ses citoyens les moins nantis? Leur collera-t-elle des contraventions en plus des honoraires des vétérinaires? Y aura-t-il des subventions accordées à certaines tranches de la population sur présentation d’une preuve de faible revenu? Tout ça pour répondre à un problème qui n’en est pas un, puisqu’on ne s’est pas posé le bonne question dès le départ : comment réduire la surpopulation dans les refuges (et non la surpopulation d’animaux)?

Ne serait-il pas plus sage d’investir dans une campagne de sensibilisation à la bonne garde des animaux domestiques?

Pourrait-on interdire la vente d’un mâle et d’une femelle en même temps, sans tout de même empêcher les gens d’avoir les deux?

Pourrait-on renforcer les règlements sur la ventes des animaux, pour qu’il soit interdit de garder un animal à des fins de reproduction sans permis?

On pourrait changer la donne en ciblant directement les gens qui « utilisent » leurs animaux.

As-t-on épuisé toute les solutions, avant d’en venir à interdire à nos animaux de conserver leurs propres organes?

Stanley-Williams Rousseau Lessard
Gestionnaire du groupe Protection des animaux de la ville et province de Québec au facebook.com/groups/354515109238121