Soirée citoyenne sur le 3e lien : moult réserves exprimées | 5 mars 2020 | Article par Véronique Demers

Près de 70 personnes ont participé à la soirée citoyenne sur le 3e lien, mercredi soir, au Club social Victoria.

Crédit photo: Véronique Demers

Soirée citoyenne sur le 3e lien : moult réserves exprimées

Près de 70 personnes ont répondu à l’invitation de la députée de Taschereau, Catherine Dorion, pour une soirée citoyenne sur le 3e lien au Club Victoria, mercredi soir, afin de « faire ressortir la voix citoyenne ».

« On est au Club social Victoria, où la dernière mouture du 3e lien prévoit sortir. Une sortie de tunnel, c’est immense, surtout dans un lieu où il y a plein de projets de revitalisation. Ça risque de provoquer de grosses cicatrices dans Saint-Roch et Saint-Sauveur. […] Cette soirée est non partisane et s’adresse aux habitants des quartiers centraux. Ce n’est pas un exercice de mobilisation », a exprimé en point de presse la députée solidaire de Taschereau.

Avant de laisser la parole aux citoyens présents, la plupart habitant les quartiers centraux, à l’exception de quelques résidents de Sainte-Foy et Lévis (en faveur du 3e lien), quelques experts ont mis la table. Ils ont souligné que l’ajout d’une voie de circulation risque d’entraîner à nouveau la congestion routière, de cinq à dix ans après cet ajout. C’est le constat de Fanny Tremblay-Racicot, professeure à l’ENAP.

« À court terme, l’ajout d’une voie de circulation peut augmenter le temps total de déplacement. On peut penser au Katy Freeway à Houston [Texas], l’une des plus grandes autoroutes », dit-elle.

Cercle vicieux vs cercle vertueux

L’urbaniste Catherine Boisclair, de Vivre en ville, a démontré que le développement du réseau autoroutier entraîne l’étalement urbain, rendant l’utilisation de l’automobile nécessaire, ce qui provoque un cercle vicieux.

« Les quartiers deviennent monofonctionnels et se déplacer autrement qu’à voiture devient un exploit. On devrait plutôt transformer le cercle vicieux en cercle vertueux, et développer des milieux à échelle humaine, avec du transport en commun efficace. »

Il reste néanmoins quelques quartiers à échelle humaine, comme le Vieux-Québec et le Petit Champlain. Toutefois, le plan Vandry-Jobin, en 1968, est venu raser un partie du quartier Saint-Roch, pour le développement de l’autoroute Dufferin-Montmorency. Du côté de l’autoroute Laurentienne, que longe l’écoquartier Pointe-aux-Lièvres, celui-ci risque d’être encore plus enclavé avec le projet du 3e lien, selon Frédérique Lavoie, du conseil de quartier Saint-Roch.

Pollution et santé publique

Plusieurs personnes représentant des conseils de quartiers du centre-ville ont pris la parole, afin d’exprimer de nombreuses réserves sur la mouture actuelle du projet du 3e lien. Des inquiétudes sur la qualité de l’air et les enjeux de santé ont été soulevées.

« La circulation automobile est ciblée comme source importante de poussière et d’émanation de GES », a mentionné Raymond Poirier, président du conseil de quartier du Vieux-Limoilou.

« La Ville de Québec a émis une nouvelle politique sur l’utilisation des foyers au bois qui causent des dommages pour la santé. Mais ne sera pas-t-on contre-productif avec la venue de l’autoroute, qui va générer des particules fines? », a renchéri Benoit Dumas, un résident du quartier Saint-Roch.

Un jeune médecin en santé publique, Frédéric Martin, a bonifié les interventions en rappelant les maladies associées à la sédentarité causée par l’utilisation de l’automobile et à la pollution de l’air, comme la mortalité respiratoire, la mortalité cardiovasculaire, l’obésité, l’infertilité, etc.

La députée de Taschereau, Catherine Dorion, compte dresser le bilan de toutes les opinions exprimées sur le projet du 3e lien et interpeller à ce sujet le ministre des Transports, François Bonnardel.

« C’est un projet en plein développement. Je compte être la porte-parole des propositions et des craintes des citoyens à l’Assemblée nationale », a-t-elle résumé.