La grippe espagnole de 1918 à Québec – 3 de 3 | 13 août 2020 | Article par Réjean Lemoine

Durant l’épidémie de grippe espagnole, l’école Saint-Maurice va accueillir en 1918 deux cents patients du quartier Limoilou. Ici, en 1928.

Crédit photo: Archives des Capucins

La grippe espagnole de 1918 à Québec – 3 de 3

La grippe espagnole de 1918-1919 va non seulement entraîner la mort de 20 à 50 millions de personnes sur l’ensemble de la planète, mais aussi rendre malade plus de 20 % de sa population. Retour sur cette autre crise qui aura tristement marqué l’histoire de notre ville.

« L’épidémie a eu un très bon effet. La fermeture des théâtres a provoqué une économie de 25 000 $ à la population de Québec. » –  L’Action catholique, 4 novembre 1918.

80 % des décès sur plus de 500 dans les quartiers ouvriers

L’arrivée du froid semble avoir raison de la fureur de l’épidémie de 1918 : le 6 novembre, les journaux de la Capitale affirment que la grippe espagnole est disparue de Québec. Progressivement, les hôpitaux temporaires ferment, alors que les théâtres, les écoles et les églises rouvrent leurs portes. Le dimanche 17 novembre, une cérémonie solennelle d’Action de grâces se déroule à la Basilique de Québec pour marquer la fin de la Grande guerre et de l’épidémie.

L’heure est maintenant au bilan. Selon le rapport du médecin municipal Charles–Rosaire Paquin, jusqu’à 30 000 personnes, soit le tiers de la population de la ville, auraient été affectées par la grippe. De ce nombre, plus de 500 sont mortes, dont 92 enfants. Les nombreux militaires décédés de la grippe à Québec ne sont pas comptabilisés dans le bilan. Seulement 830 personnes ont été traitées dans les hôpitaux locaux. Cela signifie que la grande majorité des malades, des décès, l’ont été dans les résidences privées.

Alors que la ville de Québec dépense en 1918 plus de 25 000 $ pour combattre l’épidémie, les gouvernements fédéral et provincial, occupés par la guerre, ne viennent pas en aide aux municipalités dans cette lutte, à l’exception d’un soutien aux militaires malades. La Société de Saint-Vincent de Paul se voit offrir 1 000 $ pour ses visites aux familles pauvres, et les communautés religieuses féminines obtiennent 1 700 $ pour leur organisation des hôpitaux temporaires. La Ligue des ménagères de Québec, une organisation fondée pour combattre la hausse des prix de l’alimentation durant la guerre, prend une part active pour soutenir les familles éprouvées.

La pandémie a fait des ravages dans la Basse-Ville de Québec : 80 % des décès ont eu lieu dans ces quartiers ouvriers. Avec 71 morts, la paroisse de Saint-Sauveur a été le secteur le plus touché. Saint-Malo en a compté 52. Le médecin reconnaît que la maladie a sévi moins sévèrement dans les quartiers de la Haute-Ville, où l’hygiène est habituellement mieux comprise. Le quartier Montcalm, par exemple, n’a compté que 16 décès.

À l’échelle provinciale, selon les chiffres compilés par le Conseil provincial d’hygiène, le Québec a souffert de 253 000 cas de grippe sur une population de 2,2 millions, provoquant la mort de 13 880 individus. On a évoqué le fait que les médecins de la province n’avaient pas déclaré tous les cas de grippe. On a aussi déploré qu’il n’y avait pas eu de vaccination massive. Dans ce combat contre l’épidémie, le rôle essentiel des communautés religieuses féminines a aussi été souligné.

L’apport des communautés religieuses

Dans son rapport, le docteur Charles-Rosaire Paquin dénonce les attaques et les critiques adressées aux médecins de la ville, affirmant « qu’il n’existe pas de mesures véritablement effectives contre cette maladie ». Le rapport ne mentionné toutefois pas que certaines autorités politiques et médicales avaient quitté la ville durant l’épidémie, le bureau de santé ne pouvant se réunir faute de quorum.

M. Paquin a tenu aussi à rendre hommage aux 86 religieuses des Sœurs de la Charité, du Bon Pasteur, des Franciscaines de Marie et de Saint-Joseph de Saint-Vallier qui avaient visité et soigné les malades à domicile tout en travaillant dans les dispensaires. Dans le quartier Limoilou, 16 religieuses franciscaines avaient pris en charge des malades à l’école Saint-Maurice, sur la 8e Avenue : à partir du 10 octobre, pendant un mois, ces religieuses ont soigné plus de 200 malades dont une trentaine sont décédés. L’Hôpital civique de Québec a soigné pour sa part 102 cas de grippe. L’établissement a toutefois compté 22 décès.

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L’épidémie de grippe espagnole va favoriser dans son sillage la création d’un ministère fédéral de la santé et l’adoption, en 1921, de la Loi provinciale sur l’assistance publique pour venir en aide aux nécessiteux.

De plus en plus, les citoyens vont prendre l’habitude d’aller se faire soigner à l’hôpital. C’est ainsi qu’en 1923, l’hôpital de l’Enfant-Jésus ouvrira ses portes dans Limoilou, de même que l’hôpital du Saint-Sacrement dans le nouveau quartier du même nom.

Retrouvez les deux textes précédents de la série :
La grippe espagnole de 1918 à Québec – 1 de 3
La grippe espagnole de 1918 à Québec – 2 de 3