De l’hébergement 24h/24 pour sortir de la prostitution | 29 mai 2020 | Article par Véronique Demers

Crédit photo: Véronique Demers

De l’hébergement 24h/24 pour sortir de la prostitution

Un comité d’intervenantes de la Maison de Marthe et de survivantes de la prostitution a été formé depuis peu pour choisir les meilleures pratiques possibles dans l’aide aux femmes en sortie de prostitution. Ce « laboratoire» de croisement des savoirs existe en vue d’offrir à ces femmes, dès l’automne 2021, un hébergement 24h/24 de longue durée.

Rappelons que la Maison de Marthe a reçu en août dernier 950 000$ du gouvernement fédéral pour réaliser ce projet, se traduisant par 6 à 8 chambres et plusieurs mises aux normes à faire (sécurité, incendie, alarme, cuisine, etc.). Des appels d’offres seront lancés dans les prochains mois pour les travaux qui seront effectués au printemps 2021.

Les femmes hébergées, sélectionnées par le personnel de la Maison de Marthe, effectueront un séjour temporaire à la ressource de Québec — un lieu sécuritaire dont l’adresse est gardée confidentielle — pour mieux se poser et rebondir dans leur vie après la prostitution.

«Si on débutait notre service d’hébergement 24h, la maison serait déjà pleine; ça répond déjà à un besoin. C’est la sélection des femmes (pour bénéficier de la ressources) qui sera la plus difficile», reconnait Ginette Massé, directrice de la Maison de Marthe en entrevue avec MonQuartier.

Une chambre modèle à la Maison de Marthe qui sera offerte à une femme en sortie de prostitution.
Crédit photo: Véronique Demers

Le soutien financier, accordé jusqu’en 2025 via le projet Pratiques prometteuses pour les femmes qui abandonnent la prostitution, provient du ministère des Femmes et de l’Égalité des genres du gouvernement fédéral. L’aide permettra à l’organisme fondé par Rose Dufour d’ajouter des ressources humaines le soir, la nuit et les fins de semaine, notamment une sexologue. Le budget existait déjà pour accueillir les femmes le jour.

Accompagnement pas à pas

Ainsi, l’hébergement longue durée (de 30 jours à 180 jours) s’ajoutera aux services déjà offerts à la Maison de Marthe, soit l’aide au retour à l’emploi, l’accompagnement (santé mentale, physique, etc.), la croissance personnelle, de concert avec des organismes partenaires. Bien souvent, les femmes sont isolées et possèdent un très petit réseau social, voire même inexistant.

«Pour une femme de 30 ans, par exemple, qui aurait commencé à partir de 14 ans, c’est plus difficile. Elle a vécu un traumatisme à subir l’acte sexuel à répétition chaque jour. Mais surtout, en jeune âge, elle est influençable. Parfois, son proxénète est son conjoint, et elle n’a pas de réseau social car il s’organise pour tasser tout le monde autour d’elle», précise Mme Massé.

À moyen terme (après la période charnière d’expérience d’accueil des premières femmes en 2021 pour l’hébergement 24h), la Maison de Marthe souhaite reproduire ailleurs au Québec et dans le reste du Canada son modèle d’hébergement et d’accompagnement.

«On veut augmenter le taux de succès des femmes en sortie de prostitution. On s’inspire de l’approche féministe, en donnant le pouvoir aux femmes», conclut la directrice de la Maison de Marthe, fêtant cette année ses 20 ans d’existence.