La petite et grande histoire des groupes de cyclistes | 21 mai 2019 | Article par Catherine Breton

Crédit photo: Musée McCord

La petite et grande histoire des groupes de cyclistes

Les férus de vélo étaient ravis le 9 mai dernier de pouvoir assister à une conférence fort intéressante sur l’histoire des groupes de cyclistes au Québec depuis le 19e siècle.

La conférence était une initiative de l’organisme Accès transports viables, qui oeuvre à la promotion des modes de déplacement collectifs et actifs dans la région de Québec, et de ses partenaires. Elle était offerte à l’occasion du Mois du vélo, qui propose une foule d’activités durant tout le mois de mai.

La soirée s’est déroulée dans une ambiance conviviale. Nous avons été accueillis avec du maïs soufflé, de la bière et des rafraîchissements. C’est l’historien Ivan Carel qui l’animait, avec une passion bien perceptible, cette soirée. Bien ses champs d’expertise professionnelle tournent autour du nationalisme et de la Révolution tranquille, il nourrit une passion pour le vélo qu’il aime bien partager.

Et parce que Ivan Carel est historien, il était tout à fait naturel qu’il ouvre sa conférence sur l’histoire du vélo à proprement parler, pour introduire son sujet : l’histoire des groupes de cyclistes. En voici un bref survol…

L’origine du vélo

L’invention de la roue daterait de la fin du Néolithique, mais il a fallu attendre jusqu’en 1817 pour voir apparaître l’ancêtre du vélo, la Laufmaschine – machine à courir – imaginée par le baron allemand Karl Drais. Par la suite, la machine a été renommée draisienne. Vous la reconnaissez?

En effet, elle fait partie des jeux préférés des enfants encore aujourd’hui.

Dans les années 1870, on a vu apparaître le grand-bi, qui a autant de gueule qu’il est casse-gueule. Et, quelques années plus tard, en 1885, la « bicyclette de sécurité » a vu le jour. Elle possédait toutes les composantes de la bicyclette d’aujourd’hui, qui durant la même période a fini par se démocratiser et ne plus être réservée à l’élite.

L’origine des Clubs

En Europe, les premiers clubs de cyclistes se sont formés vers 1868, surtout pour socialiser et compétitionner, et ensuite pour militer. En effet, dès 1869-70, on réclamait de meilleures routes. Une bataille qui est toujours d’actualité, même si les choses ont bien évolué.

À Montréal, c’est en 1878 que le Montréal Bicycle Club a été fondé. Il comptait environ une cinquantaine de membres. Vingt-ans plus tard, en 1898, le premier Club de cyclistes a été créé à Québec.

À cette époque, l’image du vélo était associée au développement, au progrès et à la modernité. Cette idéologie allait bientôt être portée par la rutilante voiture, qui a relégué le vélo au rang de jouet pour enfant. Mais, on le sait maintenant, le vélo a su regagner ses lettres de noblesse.

1970

Ivan Carel a ensuite fait un bond dans le temps, d’environ un siècle, pour remonter aux racines de l’organisme Vélo Québec, le replacer dans son contexte historique et social, et nous raconter comment il a contribué à faire la promotion des valeurs écologiques associées au transport à vélo.

Plus qu’un simple loisir, le vélo est devenu un mode de vie.

Femmes et vélos

Les femmes ont aussi une longue histoire d’amour/haine avec le vélo. À une certaine époque, les médecins craignaient que les femmes finissent par se passer des hommes à cause de la bicyclette qui pouvait potentiellement leur fournir des orgasmes – oui, oui, via les frottements sur la selle de vélo. On avait peur que la femme se masculinise, qu’elle prenne goût à cette liberté et cette émancipation qu’offre le vélo.

Et parce qu’aujourd’hui encore, comme au 19e siècle, vélo et féminisme vont de pair, Ivan Carel nous a partagé une citation de Claire Morissette, tirée d’un texte qui date de 2002.

« Il semble exister des affinités entre femme et bicyclette, et ces valeurs communes pourraient être décisives pour la suite de l’aventure terrestre. En effet, un parallèle presque parfait s’applique entre d’une part l’automobile et les valeurs dominatrices qui l’accompagnent : vitesse, puissance, mort, soif des ressources, destruction écologique, menace pour les enfants, élimination des concurrents et d’autre part, la bicyclette et sa fidélité aux valeurs civilisatrices : respect de la vie, modération, vitalité, autosuffisance, préservation écologique, affinité avec les enfants, harmonie avec les autres usagers de la route. Si les anges n’ont pas de sexe, le vélo lui, est peut-être féminin. Pas étonnant alors que le vélo soit aussi ignoré dans la rue que la femme l’est encore dans la société. »

Sur ces mots, qui furent pour moi très instructifs, je vous souhaite une bonne suite de Mois du vélo, dont les activités se poursuivent jusqu’au 31 mai!