Un 3e lien précipité entraînera « un désastre financier » | 19 février 2018 | Article par Céline Fabriès

Crédit photo: Céline Fabriès

Un 3e lien précipité entraînera « un désastre financier »

Le maire de Québec, Régis Labeaume, prédit un désastre financier si les politiques passent avant l’expertise dans le projet du 3e lien. Et pas question de faire un choix entre le 3e lien et le transport en commun : l’argent n’est pas le même.

Promettre un 3e lien dans un premier mandat après les élections provinciales est irréaliste pour le maire de Québec. Il anticipe par ailleurs « un désastre financier » si les politiques ne respectent pas toutes les étapes. Selon Régis Labeaume, le 3e lien pourrait coûter jusqu’à 10 milliards $ si on ne prend pas le temps d’élaborer le projet. Il cite entre autres Bent Flyvbjerg, un expert danois sur les dépassements des coûts.

Les pressions organisationnelles et politiques amènent des fausses représentations, car les prévisions sont ajustées pour que les conclusions soient les plus attrayantes possible pour les politiques.

Il donne également l’exemple de la ligne orange à Montréal. Les premières études en 1998 parlaient de 179 millions $; finalement la ligne orange a coûté 800 millions $. L’échangeur Turcot devait coûter 1,5 milliard $; on est rendu à 3,7 milliards $.

Pour Régis Labeaume, il est primordial de respecter à la lettre toutes les étapes techniques et scientifiques. Il faudra 10 à 15 ans pour amener à terme un projet de 3e lien, et la construction ne commencera pas avant 2024-2025 minimum, pour finir quatre ou cinq ans plus tard.

« Jamais un gouvernement fédéral ne va demander [à l’Agence canadienne d’évaluation environnementale] de raccourcir les étapes d’études expérimentales, parlez-en aux gens du Port de Québec, ils en sont à leur 7e année », affirme Régis Labeaume.

De plus, s’il est d’accord avec l’idée du 3e lien, Régis Labeaume attend encore la preuve d’un gain net en termes de trafic. « Il ne faut pas passer au-dessus de ça », prévient-il. Rappelons également que le tunnel n’est qu’une possibilité parmi d’autres dans la création d’un 3e lien. Il n’est pas question non plus de choisir entre le 3e lien et le transport collectif structurant.

« On n’a pas demandé à Montréal de choisir, ne me demandez pas de ratatiner la ville en faisant un choix », lance-t-il. « Ce n’est pas le même budget. Ceux qui pensent que s’il n’y a pas de transport collectif, on prend cet argent-là pour le mettre dans un tunnel, ça ne marche pas. Les argents sont réservés pour le transport collectif, le fédéral ne mettra pas d’argent dans un tunnel. »

Lundi, lors du conseil municipal, le chef de l’opposition Jean-François Gosselin a mis en doute les conclusions alarmistes de Régis Labeaume et a réitéré sa demande de passer à l’action dans la construction du 3e lien.