Maternelle 4 ans, les exemples ontarien et français | 28 février 2018 | Article par Céline Fabriès

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Maternelle 4 ans, les exemples ontarien et français

En Ontario, l’école maternelle 4 ans existe depuis vingt ans dans les écoles francophones et depuis sept ans dans les écoles anglophones. En France, l’école maternelle a été créée à la fin du 19e siècle. Les enfants y vont dès l’âge de 3 ans, voire 2 ans dans les milieux défavorisés.

Il y a vingt ans, le Québec a fait le choix de créer des Centres de la petite enfance (CPE) pour accueillir les enfants âgés de 0 à 4 ans. À la même époque, les francophones de l’Ontario ont décidé d’ouvrir des classes de maternelle 4 ans dans leurs écoles.

« On voulait éviter l’assimilation en anglais et assurer l’apprentissage du français, mais aussi le développement de l’enfant et les dépistages des problèmes », explique Claire Francoeur, directrice des communications du Conseil scolaire Viamonde centre sud-ouest ontarien.

Selon madame Francoeur, la maternelle 4 ans a eu une incidence positive sur le taux de diplomation des élèves francophones. « Les résultats scolaires sont meilleurs par rapport aux anglophones », souligne-t-elle.

À la vue des résultats, l’expert en éducation Charles Pascal a recommandé au gouvernement ontarien d’étendre la maternelle 4 ans à toutes les écoles de la province en 2009. Depuis 2014, l’ensemble des écoles de l’Ontario ont intégré la maternelle 4 ans à temps plein.

Selon Charles Pascal, un grand nombre d’enfants commençaient le primaire avec un retard et plusieurs n’arrivaient pas à le rattraper. « Deux années d’un programme axé sur le jeu et sur la résolution de problème à travers l’éveil de la curiosité, avant d’entrer dans le système scolaire formel, permettent une merveilleuse amélioration du développement émotionnel et langagier. Ceci réduit sérieusement le nombre d’enfants vulnérables arrivant en première année », analyse-t-il.

Sébastien Proulx regarde ce qui se fait ailleurs, mais selon le ministre québécois de l’Éducation, l’Ontario examine aussi les services de garde du Québec. « Plus tôt on est en contact et surtout on est exposé à de la littératie, à un encadrement, à de la motivation, à des éléments qui touchent la motricité, c’est bien, reconnaît Sébastien Proulx. Ceci étant dit, en Ontario, ils ont les yeux tournés vers notre système éducatif de garde, ils recherchent également cet équilibre que nous avons. »

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La maternelle dès 3 ans en France

Le Collège Stanislas dans le quartier Saint-Sacrement relève du ministère de l’Éducation français. La maternelle existe en France depuis la fin du 19e siècle. Les enfants âgés de 3 ans au plus tard le 31 décembre y font leur entrée à temps complet au début septembre de la même année.

Il s’agit d’un cycle de trois ans pendant lequel l’enfant va apprendre progressivement les notions fondamentales, comme la posture, la connaissance des chiffres et de quelques lettres, avant le passage en première année du primaire.

« L’enfant est évalué dans sa globalité à la fin de la maternelle », explique le directeur adjoint et responsable de la maternelle et du primaire du Collège Stanislas, Sylvain Rousseau-Égelé.

Comme au Québec et en Ontario, les classes sont gérées par deux adultes, un enseignant et un éducateur appelé ATSEM en France (agent territorial spécialisé des écoles maternelles). En moyenne, les élèves sont de 25 à 30 par classe.

« Ils sont nombreux, mais cela fonctionne parce qu’il y a une mise en scène de la classe et deux adultes. Une classe à 15 est moins gérable qu’une classe à 25, parce qu’il y a moins d’interactions. Un groupe réduit est moins efficace, moins productif », justifie monsieur Rousseau-Égelé, tout en précisant qu’une classe de 35 élèves n’est pas plus gérable.

Selon Sylvain Rousseau-Égelé, tout est dans le rythme et la manière d’occuper les élèves. Le temps consacré à chaque atelier augmente progressivement au cours des trois années. Les ateliers durent 5 à 10 minutes en petite section (3 ans), 10 à 15 minutes en moyenne section (4 ans) et 15 à 20 minutes en grande section (5 ans).

Trois ans, trop tôt pour commencer l’école ?

Pour Sylvain Rousseau-Égelé, les trois ans d’apprentissages s’avèrent indispensables à la réussite scolaire future de l’enfant.

« Il faut imaginer la classe comme un espace de vie. En petite section, si l’enfant ne veut pas faire un travail, on ne va pas le forcer. Il n’y a pas de contraintes. L’objectif de la petite section est de donner le goût de l’école à l’enfant. Tout se passe par le jeu », souligne le directeur adjoint du Collège Stanislas.

Sans rien enlever aux CPE, Sylvain Rousseau-Égelé relève des différences importantes lorsque des enfants arrivent en moyenne ou grande section après être passés par le CPE. « En termes de posture, d’apprentissage, de maturité, il y a une grande différence. » « On a beaucoup de parents qui ont inscrit leurs enfants de 3 ans au CPE, mais au bout d’un an, ils viennent chez nous parce qu’ils se rendent compte que cela reste une garderie, il n’y a pas d’enseignants, pas d’objectif pédagogique. »

Le psychologue Égide Royer envie le système français, mais il ne croit pas à l’implantation de la maternelle 3 ans au Québec : « C’est déjà difficile de faire accepter la maternelle 4 ans, déplore-t-il, alors que les enfants sont avides d’apprendre. » « L’école maternelle commence même à 2 ans dans certaines zones défavorisées si l’enfant ne fréquente pas la crèche et qu’il n’est pas stimulé dans son milieu familial », ajoute-t-il.

Au Collège Stanislas, les élèves de la maternelle et du primaire suivent exclusivement le programme français. Les élèves du secondaire suivent à la fois le programme français et le programme québécois en préparation de l’entrée au cégep et l’obtention du DEC. À noter qu’il n’est pas obligatoire d’être citoyen français pour inscrire son enfant au Collège Stanislas.