Conservation des églises : un enjeu aux multiples facettes | 7 mars 2018 | Article par Véronique Demers

La cathédrale Notre-Dame est le château fort des églises à Québec. Elle serait la dernière à fermer, si tel advenait le cas.

Crédit photo: Sylvain Brousseau (Own work) [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

Conservation des églises : un enjeu aux multiples facettes

Chaque mois, une église ferme et l’équivalent d’une église et demie est démolie. «Si on sonde les gens, la majorité ne veulent pas les préserver. On ne va quand même pas fermer les hôpitaux et les écoles pour préserver les églises!», lance Luc Noppen, professeur en histoire d’architecture à l’UQÀM.

De passage à l’Université Laval la semaine dernière, l’éminent auteur d’une quarantaine d’ouvrages a présenté les enjeux liés au patrimoine à caractère religieux à Québec. «Le débat qui s’ouvre aujourd’hui est le financement de la conservation des églises», analyse-t-il.

En 2014, le Diocèse de Québec possédait 243 églises, dont 149 sans statut de protection. «On peut se permettre de perdre un certain nombre d’églises, mais il faut s’assurer de ne pas perdre les meilleures. Québec a commencé avec [Jean-Paul] Lallier à s’y remettre pour la conservation des églises, mais il y a eu un retard qui s’est créé avec le maire Labeaume. Il pédale de reculons [pour le patrimoine religieux]», affirme M. Noppen.

À l’heure actuelle, 54 églises à Québec sont occupées par le culte, et 3 églises ont subi un changement de tradition religieuse (par exemple des évangéliques). Mais la fermeture d’églises est inévitable, en raison de la pratique religieuse en chute libre (moins de 4 %), du manque de fonds pour l’entretien des édifices religieux et du manque de personnel religieux (recrutement presque à zéro).

Conversions : de bonnes et de moins bonnes idées

Selon M. Noppen, trois options sont possibles dans le processus de conservation des églises. Le plan A regroupe les monuments précieux. Le plan B comprend les églises ayant une présence urbaine à conserver (enveloppe). Enfin, le plan C concerne les églises à faire disparaître.

Lorsqu’il n’est plus possible de conserver l’église dans sa vocation première, elle est vendue et l’usage peut en être modifié par son nouveau propriétaire. Celui-ci doit s’assurer de la capacité, de la compatibilité et de la faisabilité de son projet. Il y a de bonnes et de moins bonnes idées.

«La conversion d’église en bibliothèques est un succès, mais il faut ajouter certaines conditions, comme un éclairage et un bon plancher portant. La conversion d’églises en logements, ça tourne mal, comme l’église Notre-Dame-de-la-Paix, convertie en immeuble à logements nommé Les Alcôves du Palais. C’est plutôt particulier», admet-il.

«Pour les gens, c’est un choc que l’église ne soit plus une église. Les usages risquent de se succéder plus rapidement après un premier changement d’usage. Par exemple, dans 30 ans, la bibliothèque Monique-Corriveau [sur la route de l’Église] ne sera peut-être plus à son emplacement actuel», évalue M. Noppen.

La Ville de Québec injectera 15 M$ sur 10 ans dans 8 églises

  • Notre-Dame-de-Québec (cathédrale)
  • Église Saint-Roch
  • Saint-Jean-Baptiste
  • Saint-Sauveur
  • Saint-Charles-Borromée (Charlesbourg)
  • Église de la Nativité (Beauport)
  • Cathédrale Holy Trinity
  • Église Saint-Charles de Limoilou