Consultations sur le transport en commun : qu’est-ce qu’on a appris ? | 13 juin 2017 | Article par Jean-Philippe Léveillé

Crédit photo : Jean Cazes

Consultations sur le transport en commun : qu’est-ce qu’on a appris ?

Les séances de consultations publiques de la Ville de Québec entourant le transport en commun ont pris fin la semaine dernière. Qu’aura-t-on appris de celles-ci ? À mon avis, pas grand-chose…

Un réseau routier à maturité

Les solutions aux problématiques de congestion que vit Québec aux heures de pointe sont en effet connues depuis longtemps. Et, n’en déplaise à ceux qui aimeraient asphalter la ville au grand complet pour pouvoir mieux y rouler, elles passent toutes par le transport en commun.

Dans les dernières années, une bonne partie des grands projets de transport réalisés dans la région ont consisté à élargir des routes et des autoroutes pour en augmenter la capacité. Résultat ? Alors qu’entre 2006 et 2011 la population augmentait d’à peine plus de 5 % sur le territoire de l’agglomération de Québec, le nombre de déplacements à la pointe du matin explosait, augmentant de près de 28 %!

Pour en avoir fréquenté un bon nombre, je peux vous dire que les spécialistes de l’aménagement sont rarement d’accord entre eux sur les façons de faire la ville. Ils sont cependant unanimes pour affirmer que les projets d’élargissement ou de prolongement d’autoroute ne règlent pas les problèmes de congestion à moyen terme. La logique est simple. Plus vous donnez de capacité au réseau routier et plus les gens auront tendance à utiliser cette capacité pour aller s’établir plus loin, où les propriétés sont souvent moins chères. Les problèmes de congestion finiront donc par revenir tôt ou tard, et ils seront d’autant plus difficiles à régler que l’éparpillement de la population ne permettra pas de mettre en place un transport en commun efficace.

Bien sûr, à moins que les voitures soient bientôt remplacées par des drones, il faut un minimum de routes et de ponts. Il vient cependant un temps où le réseau routier a atteint sa maturité, et c’est probablement le cas dans la région de Québec. Plutôt que de dépenser des milliards pour élargir des autoroutes ou construire de nouveaux ponts, il devient alors plus judicieux de mieux utiliser le réseau que l’on possède, ce qui passe nécessairement par le transport en commun.

Des coûts « exorbitants »

Je m’étonne régulièrement de constater que, si plusieurs sont prêts à décrier les coûts « exorbitants » des projets de transport en commun, il existe peu d’opposition ouverte aux grands projets routiers. Pourtant, il s’agit probablement du type d’infrastructure le moins rentable dont nous puissions nous doter.

Pensez-y. La pleine capacité du réseau routier ne sert habituellement que deux fois par jour, aux heures de pointe du matin et du soir, cinq jours par semaine et, au mieux, une cinquantaine de semaines par année. Un petit calcul rapide nous apprend que cela représente à peine plus de 7 % du temps !

Et contrairement aux autobus, il n’est pas possible d’enlever des voies en dehors des heures de pointe ou les fins de semaine. Tout l’argent investi pour réaliser et entretenir ces projets dort donc dans le béton ou l’asphalte 93 % du temps !

Le transport en commun ne réglera pas tous les problèmes de mobilité des citoyens de la région. Il y aura toujours des gens qui, pour de bonnes raisons, ne pourront ou ne voudront l’utiliser de façon régulière. Un transport en commun de qualité, qui est fiable, fréquent, agréable et abordable, est cependant une composante essentielle du cocktail transport d’une ville de la taille de Québec.

Les consultations nous auront au moins permis de constater qu’une bonne partie de la population l’a déjà compris.